HUMILITE, EMPATHIE & PUDEUR
︎︎︎ Delphine (infirmière)
L’humanitaire me tenait à cœur depuis plusieurs années, sans que je n’ose vraiment sauter le pas. Grâce à mon mari Lionel et à Selma, j’ai eu la chance de vivre cette belle aventure au Bangladesh et de découvrir une autre manière de prendre soin, une autre approche de la prise en charge et de l’accès aux soins.
Ce fut une expérience humaine et humanitaire profondément enrichissante.
Ma pratique d’infirmière n’a pas fondamentalement changé, mais elle a évolué. J’ai aujourd’hui un regard encore plus clinique sur les patients, une écoute plus attentive et une approche encore plus humaine dans la prise en charge.
Être une femme soignante...
En tant que femmes, aucune trajectoire ne nous a été imposée et aucune barrière ne nous a été mise. Au sein de l’équipe — médecins, orthésistes ou encore kinésithérapeutes — nous avons toujours trouvé notre place avec beaucoup de respect et de bienveillance.
Les femmes rencontrées...
La relation avec les femmes du centre de Chakaria a été assez bouleversante. La première fois que nous sommes arrivés, c’était pendant la fête de l’Aïd, un moment extrêmement important pour les familles musulmanes. Pourtant, tout le centre était là pour nous accueillir, au lieu d’être auprès des leurs. Cela nous a profondément touchés.
Nous avons ensuite créé une relation privilégiée, notamment avec la kinésithérapeute qui nous a reçus chez elle, nous a présenté sa famille et partagé un peu de son quotidien. J’ai aussi été très marquée par la femme qui s’occupait de la cuisine : elle était d’une grande douceur, très empathique, avec un réel besoin d’échanger. Malgré la barrière de la langue, nous avons réussi à communiquer et à nous comprendre.
Et puis il y avait les femmes chirurgiennes et les infirmières que nous avons rencontrées à Chittagong : des femmes d’une immense humilité, d’une grande empathie, avec beaucoup de douceur dans le regard. Mais surtout, ce que je retiens d’elles, c’est leur très grande pudeur.
Ce qui m’a aussi beaucoup marquée au Bangladesh, c’est la place de la femme. Avant de partir, je ne savais pas vraiment quoi en penser. J’avoue que la place de la femme dans la religion musulmane me questionnait, et finalement j’ai découvert un tout autre monde.
J’ai découvert une culture où la femme a une véritable importance, une vraie place dans la vie, dans la société, mais aussi au sein de la famille. Beaucoup de décisions passent par elle. Elle joue un rôle essentiel, et ce rôle est reconnu, valorisé et exprimé par les hommes eux-mêmes. J’ai trouvé cela très marquant.
Les femmes s’expriment, donnent leur avis, partagent leurs opinions. Et avec notre regard extérieur, cela m’a profondément touchée.
Un regard sur le projet...
Je crois que mon regard n’a pas changé : il a évolué. Il s’est affiné, affûté. Et surtout, j’ai pris conscience de la notion d’engagement dans une dimension plus profonde.
Faire une mission humanitaire, c’est une chose. Mais donner réellement de son temps, de son énergie, de soi-même, c’en est une autre. Et j’avoue que cette expérience m’a profondément repositionnée.
J’ai aimé découvrir, observer et apporter un regard extérieur. J’ai aimé ces échanges empreints de pudeur, de simplicité et d’humanité.
En revanche, je me demande parfois ce que, moi, j’ai réellement apporté. Et je crois, avec beaucoup d’humilité, que nous ne sommes qu’une toute petite maille dans quelque chose de bien plus grand. Certaines personnes de l’association s’investissent pleinement depuis des années ; elles portent une véritable conscience de l’humanitaire et de l’engagement. C’est cela qui m’a profondément marquée.
Je ne sais pas si j’ai vu les choses différemment. En revanche, le fait d’être une femme au Bangladesh, et surtout de constater que la parole des femmes y est écoutée, a attiré mon attention.
Ce que j’ai peut-être perçu et que Lionel n’a pas forcément remarqué, c’est que, pendant qu’ils étaient concentrés sur les interventions chirurgicales, j’étais davantage dans l’observation. Je regardais les patients, leurs réactions, notamment lorsqu’ils pouvaient ressentir de la douleur.
Il existe une telle pudeur chez les Bangladais qu’il était parfois difficile de savoir si quelque chose n’allait pas. J’ai donc porté une attention particulière aux visages, aux regards et aux expressions.
C’est peut-être cette prise de recul, cette posture d’observatrice attentive au patient dans sa globalité, qui m’a permis de remarquer certains inconforts et qui fait que mon retour d’expérience sera sans doute différent de celui de Lionel.