REGARDS DE FEMMES


NEWSLETTER 45 ︎︎︎ ETE 2026



︎︎︎ EDITO ︎︎︎


Les femmes ont toujours été des actrices importantes du programme. En France et au Bangladesh, elles sont moteurs de changement et d’espoir. Si la condition féminine a été abordée dans la lettre d’automne 2020 par des actrices engagées depuis plusieurs année sur le terrain, cette lettre d’été leur fait de nouveau de la place.

Dans cette lettre, moins de technicité, moins de médical, mais des regards et des témoignages sur la réalité d’un projet interculturel, inscrit dans un territoire, mais qui dialogue en permanence avec des actrices locales et étrangères. Le programme est raconté et montré à travers celles qui sont actives, en France et au Bangladesh, celles qui croient au changement et à la solidarité. 

Merci à elles.


Suzanne et l’équipe d’AMD-Bangladesh








UN LIEN PARTICULIER ︎︎︎


︎︎︎ Selma (chirurgienne)

Peux-tu nous raconter ce qui t’a amenée à travailler sur ce projet au Bangladesh ?

J'ai été interne dans le service du Dr CUNIN en chirurgie pédiatrique en 2021, je me souviens exactement du jour où il m'a proposé de partir en mission humanitaire pour de la chirurgie du membre supérieur au Bangladesh et qu'il m'a présenté le projet. J'étais aux anges. J'ai toujours rêvé de partir en mission mais cela me semblait encore très lointain comme expérience. J'ai eu la chance de pouvoir intégrer le projet et la mission en 2025.

Y a-t-il des situations qui t’ont mises en difficulté en tant que femme ?

J'avais beaucoup d'appréhension en tant que femme avant ce voyage mais je n'ai pas ressenti de difficulté dans mon travail ni dans mon quotidien. J'ai même l'impression que notre présence féminine avec Delphine ERARD a été appréciée par les autres femmes : patientes, infirmières de bloc, orthésistes et kinésithérapeutes.

Qu’as-tu appris des femmes que tu as rencontrées au Bangladesh ?

Une grande capacité de travail. C'est ce qui m'a le plus marquée. Avec peu de moyens elles déploient des efforts incroyables pour mener à bien les missions. Que ce soit à Chakaria au dispensaire pour les consultations, les appareillages et les soins des patients ou au bloc opératoire, j'ai ressenti beaucoup de volonté et d'investissement de leur part. Elles travaillent consciencieusement.

Qu’est-ce que “regarder” signifie pour toi dans ce projet ?

Cela signifie : analyser, comprendre le contexte culturel, religieux et sanitaire. Mais aussi observer les dynamiques relationnelles et humaines.

Est-ce que ton regard a changé depuis ton engagement ?

Oui. Il s'agit à la fois d'une prise de conscience de la vie et du niveau de soin au Bangladesh mais surtout ici à mon retour en France. On se rend compte de nos excès et de l'abondance dans laquelle on évolue. J'espère et j'essaye de modifier mes habitudes en vue d'une pratique plus sobre.

Qu’est-ce que tu as vu que d’autres n’ont pas vu ?

J'ai perçu beaucoup d'amour au sein des familles je crois que c'est ce qui m'a le plus touchée. Les familles qui nous ont reçues et que l'on voyait en consultation faisaient preuve de tendresse, pudique certes, mais palpable.

As-tu senti un moment où ton regard faisait la différence ?

J'ai eu la chance de partager la fête de l'Aid El Fitr auprès des familles qui nous ont accueillies. Il s'agit d'une fête religieuse importante que l'on célèbre généralement en famille. En tant que femme musulmane j'ai senti un lien particulier avec nos hôtes et une proximité que seule la foi peut offrir. J'étais loin de ma famille mais j'étais entourée de mes frères et sœurs en humanité et en Islam.






ELLES REGARDENT ︎︎︎


︎︎︎Suzanne (designer et photographe)

En tant qu’invités sur un territoire, on regarde. Le paysage, les personnes, les couleurs… On recueille des histoires, on capture des moments, le tout influencé par nos propres biais culturels. Mais on oublie souvent que nous aussi, nous sommes regardés.

“Photographier, c’est s’approprier le monde: le savoir produit par l’image est aussi une forme de pouvoir.” Susan Sontag, On Photography (1977)
L’appareil photo est l’outil du puissant, de celui qui raconte. Cette année, j’ai amené 5 appareils photo pour cinq actrices du centre : Nazma (secrétariat), Rina (entretien et cuisine), Shetou (kinésithérapeute), Taslima (comptable) et Yasmine (appareillage). Ces cinq femmes qui prennent soin des habitants et du lieu ont créé un portrait collectif de cet endroit. Chacune, munie d’un appareil photo, a pu choisir ce qu’elle voulait montrer, ce qui était important pour elle, afin de multiplier les points de vue et les sensibilités : des regards de l’intérieur, et des histoires qui retourneront là où elles ont été prises.